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Les 20km de Bruxelles 2019

Ecrit par Laurent

20 mai 2019

S’il est une course qu’il ne faut pas manquer dans sa vie de coureur, ce sont bien les 20km de Bruxelles. Ainsi qu’une brochette d’autres coureurs, j’avais été gracieusement invité par le magasin RunAttitude et Garmin. Au programme, récupération des dossards sur le stand Garmin situé sur l’esplanade du Cinquantenaire, juste à côté de la ligne d’arrivée, départ de la course, petit lunch post-course. Comment refuser une telle opportunité ?

Particulièrement chère à mon cœur, cette course a vu éclore ma vie de coureur, puisque c’est pour elle que j’ai chaussé pour la première fois une paire de baskets. En novembre 2014, autour d’un café sur notre lieu de travail, trois amis et collègues se sont lancés le défi de courir les 20 km de Bruxelles. Pour d’obscure raisons que je cherche encore, je suis le seul à finalement avoir réussi le pari. Après avoir fait le plus difficile dans tout sport, s’y mettre et passer le cap du premier mois, le plus ardu puisqu’on découvre que l’on possède des muscles dont on ignorait jusqu’alors l’existence, je me suis accroché à l’objectif et ai décidé de les réaliser coûte que coûte. Depuis, j’ai été inscrit sur chaque édition, dont celle de l’année dernière sur laquelle je n’ai pas couru, faute d’entraînement suffisant. Et bien m’en a pris, puisqu’il y a un an, les conditions caniculaires avaient menées la vie compliquée à beaucoup de coureurs.

Cinq heures le dimanche 12 mai 2019 (cela devient une habitude de ne pas respecter le repos dominical), je me lève après une mauvaise nuit de seulement trois heures. Néanmoins je suis en forme. Douche prise et sac de sport fermé, je décide contrairement à ce que j’avais prévu, de me rendre à Bruxelles en voiture. Il est tôt et j’aurai l’occasion de chercher une place de parking dans l’environnement direct du Parc du Cinquantenaire, lieu de départ de la course.

La météo est maussade. La pluie ne cesse de tomber depuis plusieurs heures et les prévisions durant la course ne sont pas meilleures. Qu’importe, c’est un temps qui me convient parfaitement, d’autant plus que quinze degrés maximum sont annoncés.

Aujourd’hui je ne recherche pas l’exploit sportif. Après ma participation la semaine passée au Marathon de Namur, je pense courir pour profiter au maximum du moment. Il est vrai que l’ambiance des 20 km de Bruxelles est toute particulière. Quarante milles coureurs se donnent rendez-vous et les principaux axes d’entrée dans la ville sont bloqués. Les spectateurs sont nombreux tout au long du parcours pour donner des encouragements, des musiciens envahissent les rues et les parcs, ce qui créé une atmosphère festive que je n’ai pas encore retrouvé sur d’autres courses… même sur le TCS Amsterdam Marathon, qui est pourtant un rendez-vous majeur dans le paysage sportif. Jonathan (Runninggeek.be) m’a susurré à l’oreille que le Marathon de New York auquel il a eu la chance de participer était grandiose à ce niveau, et depuis, ce rendez-vous est noté sur mon calepin des courses à faire.

Mais il y a un hic. Bien qu’en récupération post-marathon, je me sens bien et ne ressens aucune courbature, comme si je n’avais rien fait de spécial la semaine d’avant. Pourquoi dès lors ne pas tenter quelque chose ? Je sais que ce n’est pas prudent et je prendrai ma décision une fois sur place, en faisant confiance à mes sensations.

Vers sept heures du matin, je me dirige vers le parc, après avoir garé la voiture à seulement deux rues de celui-ci. Il est encore tôt, le départ n’est que dans trois heures ! Les préparatifs vont bon train, les stands des grandes enseignes sont déjà montés. Ils font le plein d’approvisionnement en gadgets divers, nourritures et boissons et les équipes se briefent sur le déroulement de la journée. Gérer une affluence de quarante milles coureurs et de visiteurs, cela ne s’improvise pas !

J’en profite pour picorer quelques « Pitch », offerts par Harris, nouveau sponsor des 20 km, puisque je n’ai pas déjeuner. La pluie tombe encore et parfois fortement, les conditions de course se promettent d’être dantesques. J’ai le temps de faire plusieurs fois le tour du site et cela m’amuse de voir ce fourmillement dans les allées du parc.

A huit heures et demi, je retrouve ma brochette de coureurs et Claude, le patron du magasin RunAttitude. Nous sommes accueillis sur le stand Garmin, nous prenons possession de nos dossards, d’un t-shirt technique et profitons des bananes et de l’eau mises à notre disposition.

Deux groupes d’allures avaient été créés, l’un ayant pour but de terminer les 20km de Bruxelles sans objectif temps, l’autre, de les terminer en une heure et quarante-cinq minutes. Sans trop réfléchir, mon choix est fait… je vais tenter d’accrocher le second groupe. C’est un beau défi pour moi : la récupération post-marathon est à oublier et mon meilleur temps sur l’épreuve est d’une heure et cinquante-cinq minutes.

Le monde afflue sur l’esplanade et la position du stand est idéale. En invités VIP, nous pouvons contempler toute cette foule se dirigeant déjà vers les boxes de départ, bien à l’abri des intempéries. 

Le départ se fait en six vagues espacées de cinq minutes chacune. Chaque box représentant un objectif d’allure qu’il fallait définir lors de l’inscription. Nous sommes tous dans la troisième vague, trop rapide pour les coureurs voulant juste terminer les 20 km, trop lente pour un objectif de 1h45. Mais ce n’est pas grave, la bonne humeur règne au sein du groupe et nous ferons notre possible pour nous extirper de l’amas de coureurs et réussir à atteindre l’allure de croisière requise. 

9h30. Personne ne bouge dans l’équipe et tout le monde semble vouloir encore profiter de l’accueil de nos hôtes. 9h45, anxieux de nature pour toujours faire en sorte d’être à l’heure, je commence à m’impatienter. C’est que quarante milles personnes qui doivent se rendre dans leur box respectif, cela prend du temps et je ne voudrais ni manquer le traditionnel Boléro de Ravel, ni l’hymne national ! 

Nous quittons le stand, traversons l’esplanade et passons sous les arcades majestueuses du Parc du Cinquantenaire (érigé par le Roi Léopold II en commémoration du cinquantième anniversaire de la révolution de 1830, qui fut le début de l’indépendance de la Belgique. 

Ayant habité le quartier toute mon enfance, ce n’est que vers vingt ans que j’ai quitté Bruxelles pour la province, et ce lieu magnifique fait ressurgir en moi de nombreux souvenirs : les canons situés devant le Musée de l’Armée, sur lesquels je suis monté de nombreuses fois, les escaliers en pierre bleue que je descendais à vélo, les longues balades avec feus mon grand-père et notre croisé Terre-neuve-Labrador noir, ou encore le glacier Sabruma et sa camionnette qui est apparemment toujours en activité…

Notre marche vers le box est rythmée par la vitesse de la foule et nous y parvenons au moment où La Brabançonne retentit. Le premier coup de revolver annonciateur du départ retentit. 

Dix minutes plus tard, nous nous élançons à notre tour et rejoignons en marchant la sortie du parc, endroit où se situent les capteurs déclenchant le chronométrage. J’active au même moment ma Fenix 3 et nous commençons à courir. Descente vers le rond-point Schuman, virage à gauche et ensuite à droite pour emprunter la rue Belliard qui remonte vers le Parc Royal. L’allure requise est difficile à tenir, il faut en permanence louvoyer pour dépasser les coureurs plus lents ; rappelons-le, nous aurions été moins gênés en partant du deuxième sas. Nous avions décidé de tenir la gauche du parcours, empruntant par moment les rues, par moment les trottoirs. En procédant comme cela, nous parvenons tant bien que mal à ne pas perdre trop de temps.

Arrivés devant le Parc Royal, nous bifurquons vers la gauche sur une centaine de mètres et déboulons sur la Place Royale. La vue du palais est somptueuse mais il faut faire attention. Les vieux pavés qui composent le sol pourraient facilement vous faire trébucher ou fouler une cheville. 

La masse compacte de la foule se décante petit à petit et on peut maintenant courir à allure constante, c’est bien moins fatiguant. Dans la Rue Royale, le premier ravitaillement en eau est organisé. Il fait frais et je n’en ai pas encore besoin. Je refuse la bouteille qui m’est tendue et me dirige vers le Palais de Justice. Ici aussi l’attention est de mise. Bien que les organisateurs aient placé un nombre impressionnant de poubelles destinées à recueillir les bouteilles en plastique jetées par les coureurs, certains manquent de pratique dans la visée et celles-ci jonchent le sol.

Devant le Palais de Justice, c’est à gauche où nous entrons dans les tunnels de la Petite Ceinture. Notre groupe court vite, l’allure est plus rapide que les 5 minutes quatorze au kilomètre. Je ne suis pas certain de pouvoir les accrocher jusqu’à la ligne d’arrivée.

Photos : FNZ Photographie

L’air est suffoquant et l’ambiance dans les tunnels est particulière. Des cris et des chants résonnent, des encouragements se font entendre en faveur des coureurs encadrant des personnes handicapées. Parce que les 20 km de Bruxelles sont aussi un énorme élan de solidarité envers les personnes présentant un handicap, de nombreuses associations y sont représentées, grâce notamment à l’engagement de bénévoles et de nombreuses grandes entreprises les sponsorisant. Par trois fois nous descendons dans des tunnels et par trois fois nous en ressortons. Les remontées sont difficiles, par manque d’air mais aussi par le dénivelé important sur une courte distance. Les muscles des jambes se font sentir.

La fin de l’Avenue Louise marque l’entrée du Bois de la Cambre, un poumon vert au milieu de Bruxelles. Le soleil brille maintenant par intermittence et l’atmosphère devient lourde et humide. Mon groupe continue sur son rythme, je décide de lever le pied, connaissant la dernière difficulté de la course, l’Avenue de Tervueren, que je veux pouvoir gravir sans marcher. Peu à peu ils s’éloignent et mon corps m’impose de m’arrêter pour assouvir un besoin naturel. Ce gros chêne me sera bien utile, durant ces deux minutes d’arrêt ! Deux minutes, qui me font voir passer un bon millier de coureurs… Arriverai-je à terminer sous les une heure cinquante minutes à cause de cela ?

Des musiciens, trompettistes, percussionnistes et chanteurs se relayent sur les côtés de la route. Bien malgré moi, ma cadence se calque sur le rythme de joueurs de tonneaux, faisant claquer leur instrument dans un bruit sourd et métallique à la fois. Ce son me relance dans mon allure et reprend un rythme de cinq minutes quinze par kilomètre. Je sors du bois et commence la longue descente qui me mènera sur le Boulevard du Souverain, large voie arborée où se côtoient d’ordinaire voitures et tramways. 

Les spectateurs donnent de la voix, les enfants attendent que les coureurs leurs tapent dans la main, ce qu’ils ne manquent pas de faire à leur passage. C’est agréable de voir leur joie d’encourager toutes ces personnes venues pour repousser un peu plus loin leurs limites ou de découvrir Bruxelles sous un autre jour.  

Je me sens bien, je continue sur ma lancée, passe sous le Viaduc Herman-Debroux, pour déambuler sur le territoire de la commune d’Auderghem. Jonathan est là pour nous supporter. Il ne m’a pas vu, je donne de la voix pour qu’il m’entende et nous nous saluons subrepticement. Nous sommes presque au dix-huitième kilomètre, certains commencent à être dans le dur, d’autres qui ont mieux géré leur course en profite pour accélérer, à l’approche de la dernière difficulté. Un virage serré à gauche et nous y sommes. Un kilomètre et demi de souffrance, la montée de l’Avenue de Tervueren, où tout se retrouve : un ravitaillement, des spectateurs en masse, des coureurs au bout de l’effort et des postes de secours de la Croix-Rouge. C’est certain, c’est ici que se joue une grosse partie de la course.

Photos : FNZ Photographie

Une fois n’est pas coutume, pas question pour moi de marcher dans cette côte. Cette fois-ci, je la vaincrai. Me rappelant des conseils des coachs, je les applique avec ferveur : je réduis la foulée, me penche légèrement en avant et m’aide du balancier de mes bras pour faciliter la montée. 

Ça fonctionne, petit à petit j’aperçois la fin de la difficulté. Les arcades du Cinquantenaire sont en vue. Dans quelques minutes j’aurai bouclé mon quatrième 20 km de Bruxelles. Un coup d’œil à ma montre et je me donne un coup de fouet pour parvenir à finir sous la barre des une heure et cinquante minutes. 

La route s’est rétrécie et parfois je dois jouer des coudes pour ne pas me faire bousculer. Je rentre dans le parc, une dernière montée en virage et je foule les pavés de l’esplanade, devant l’énorme arche surplombant la ligne d’arrivée. La ligne est franchie en une heure quarante-huit minutes. Record battu ! #BEATYESTERDAY

La médaille récupérée, je savoure la bouteille de Spa en prenant le chemin du stand Garmin. L’escouade que j’avais tenté d’accrocher savoure déjà ses smoothies et les wraps offerts par notre mécène. Ils auront terminé en une heure quarante-et-une minutes, bravo ! Je n’aurais pas su tenir le rythme.

Remerciements spéciaux

Claude et son équipe de RunAttitude, pour la prise en charge de l’organisation et du coaching avant l’épreuve.

Garmin pour l’accueil, les dossards, les t-shirts, le catering et l’espace VIP mis à notre disposition.

VOUS GEREZ ! Merci et peut-être à l’année prochaine.

Parcours